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Allemagne: un tableau français restitué 75 ans plus tard - A French painting restituted after 75 years

1970
1945
RFI 24 July 2019
Par Pascal Thibaut

C’est une première émouvante qui a eu lieu hier soir à l’ambassade de France à Berlin. Un vieux monsieur de 80 ans a décidé de rendre à la France un tableau que son père avait ramené durant la guerre et qui était resté depuis 75 ans dans sa famille. Peter Forner, le fils de l’officier allemand qui a ramené le tableau à Berlin en 1944 a décidé de contacter au début de l’année l’ambassade de France à Berlin.


Peter Forner, le tableau et l'ambassadrice de France Anne-Marie Descôtes.

Le sous-officier Alfred Forner, qui était stationné en Normandie depuis 1940, a obtenu une permission pour rentrer voir sa famille à Berlin. Un supérieur hiérarchique lui a demandé de ramener avec lui un tableau. Mais arrivé à l’adresse indiquée pour remettre l’œuvre, Alfred Forner ne trouve qu’un tas de ruines. Il laisse donc le tableau chez lui et meurt quelques mois après sur le front.

L’œuvre, datant du 19e siècle et montrant un paysage bucolique, est signée Nicolas Rousseau, un peintre de l’école de Barbizon. Sa valeur est estimée à haut mieux 3 000 euros aujourd’hui. Pourquoi un officier allemand voulait-il que cette toile précisément soit rapportée à Berlin, on l’ignore.

Le tableau est ensuite resté accroché dans l’appartement de la veuve d’Alfred Forner. À sa mort, son fils en a hérité. Peter Forner, le fils de l’officier allemand qui a ramené le tableau à Berlin en 1944, a décidé de contacter au début de l’année l’ambassade de France à Berlin.

Un tableau qui revient à la vie

Il expliquait hier soir lors de la cérémonie à l’ambassade qu’il ne s’était longtemps pas occupé de cette toile. Et l’année dernière, à l’aube de ses 80 ans, il a eu beaucoup de temps pour réfléchir sur sa vie lors d’un long séjour à l’hôpital où sa décision a mûri. Au début de l’année, il a contacté l’ambassade de France à Berlin pour remettre la toile.

Peter Forner raconte qu’il pensait que cela serait réglé rapidement. Il ignorait que la restitution d’œuvres d’art spoliées ou volées durant la guerre passe par une procédure plus complexe et implique des recherches. « Je n’ai jamais eu de relation émotionnelle avec le tableau, car je savais qu’il ne m’appartenait pas, a annoncé Peter Forner après la cérémonie marquée par la signature d’un contrat par lequel il confie l’œuvre aux autorités françaises. Mon père, à son retour de France devait le livrer comme on lui avait demandé, mais cela n’était pas possible. Il l’a donc ramené à la maison où ma mère l’a gardé jusqu’à sa mort et moi ensuite. »

Après avoir rappelé son âge, 80 ans, et qu’il n’était pas éternel, il a rajouté : « Je souhaite partir en ayant la conscience à peu près tranquille et après avoir rendu quelque chose qui ne m’appartient pas ou à peut-être même été volé. Avant de préciser, non sans malice : Bon, si ça avait été un Monet, je ne sais pas si je l’aurais fait ! »

Un tableau à l’avenir radieux

Le dossier a été géré par l’antenne berlinoise de la Commission pour les indemnisations des victimes de spoliations dues aux législations antisémites sous l’occupation. Une structure qui depuis peu a vu ses compétences élargies à la restitution de biens culturels spoliés.

Une solution innovante a dû être mise en place dans le cas du tableau de Nicolas Rousseau. C’est en effet la première fois qu’une œuvre est remise à la France par un particulier et dont on ne connaît pas l’origine. Un contrat de dépôt a été signé hier soir lors de la cérémonie à l’ambassade de France. Il confie le tableau aux autorités françaises en attendant qu’on en sache plus. Des recherches en France et en Allemagne n’ont en effet pas permis de déterminer d’où venait l’œuvre. La présence du sous-officier Alfred Forner durant quatre ans en Normandie laisse penser que le tableau provenait de cette région.

La Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945, une structure nouvelle, va déposer l’œuvre de Nicolas Rousseau dans une institution publique en Normandie. On ne peut qu’espérer que l’écho médiatique donné à la chose permettrait d’en savoir plus.

http://www.rfi.fr/emission/20190724-allemagne-tableau-francais-restitue-75-ans-spoliation
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